24 juin 2009
Les Aventures du Faiseur de vers Masqué (extrait)
Le rimailleur masqué a évidemment dû fuir la ville et Ena, suite aux sombres prédictions qui gangrènent leur avenir. Mais la Dame de Naldir semble l'avoir suivi dans son exil. L'issue se précise.
J'ai connu aujourd'hui des sentiments étranges :
Par deux fois, devant moi, j'ai vu passer des anges.
Les premiers tournoyaient, là-haut, loin dans le ciel,
Et déformant l'éther jouaient sur l’arc-en-ciel.
C'étaient des chérubins surpris en pleine nage
Qui barbotaient gaiement dans le creux d'un nuage.
Il jouaient et riaient là où la clarté tombe :
Ce dôme de l'éther où nagent les colombes.
Mais le plus beau de tous avait l’habit grenat :
C'était mon doux amour, ma vie, mon sang : Ena !
Horreur ! Malheur sur moi ! Pourquoi me cherchait-elle ?
Ena, pourtant, sait bien quelle étoile cruelle
Plane sur nos deux coeurs et tache notre amour.
J'ai dû, en la voyant, faire un large détour...
Les Aventures du Faiseur de vers Masqué, Acte V, scène 3
10 mars 2009
Luxure
Sa tendresse impossible en fait rire ; et pour elle
Satan dresse un possible enfer : ire, époux réel.
08 mars 2009
Pénélope
Jamais sur son métier ne progressaient les toiles
Car sous le ciel lunaire elle allait au séjour
Dans l’ombre elle effilait ce qu’elle ourlait le jour
Devenant pour la nuit la tisseuse d’étoiles
23 septembre 2008
Les Amours
Et les amoureux s’aiment,
De l’éther naît leur or ;
Et les Amours, eux, sèment
De l’éternelle aurore.
23 mai 2008
Le petit Chaperon Rouge
Il était une fois… Quand tout est en éveil,
Quand la rosée au jour sur les branches paillette,
Maman confie du beurre ainsi qu’une galette
À sa petite fille au capuchon vermeil.
Mais qui, dans la forêt, renifle ce méteil ?
C’est le Grand Méchant Loup. Il sort de sa cachette.
« Où te rends-tu ainsi ? fait-il à la mouflette.
– Je vais chez mère-grand ; et toi ? – Je fais pareil ! »
Le loup la devança. La porte était fermée.
Mamie était au lit, et la bête affamée.
L’animal se dressa, frappa au portillon :
« Tire la chevillette ! » Et chut la bobinette.
« Viens me voir ma chérie, je pique un roupillon. »
Le loup croqua mémé. Puis ce fut la fillette.
D'après Petits Chaperons dans le rouge
22 mai 2008
Désert
L’une en cachant une autre était un iceberg ;
Un gros morceau de feu arraché au soleil
Émergeant et flottant sur le sable vermeil :
Nous marchions à pas lent sur les dunes de l’erg.
Fatigués par l’effort sur ces monts ondulants,
À terre, un court instant nous paraissait une heure.
Pourtant, à chaque instant, nous savions toujours l’heure,
Le sable s’égrenant dans nos orteils brûlants.
Sur ce sol à jamais déserté par l’orage,
Tous, nous restions muets, avançant en silence.
Une lèvre, parfois, bougeait pour crier « Chance ! »
Mais nul son n’en sortait, car c’était un mirage.
Mais nous étions heureux. Car malgré ces travers
Répond le ciel sans borne au Sahara sans fin ;
Lorsque, la nuit tombée, nous devenions enfin
L’Homme seul sur la Terre admirant l’Univers :
Regardant l’infini dispersé sur sa toile
Nous restions allongés sous la voûte céleste,
Les astres lumineux faisant des palimpsestes
Le temps qu’arrive à nous la lueur des étoiles.
D'après Sensorielle, « Désert »
21 mai 2008
Les Aventures du Faiseur de vers Masqué (extrait)
Dès la première rencontre, le rimailleur masqué tente de séduire les deux créatures qu'il aperçoit alors qu'elles arrivent dans le petit salon. L'une est vêtue de satin rouge, l'autre de linon bleu.
Mes yeux sont-ils trompés ? La nuit serait tombée ?
Ou bien suis-je ébloui par le soleil levé ?
Vous êtes le Zénith, vous êtes le Nadir :
Deux beautés inversées qui viennent resplendir.
S'adressant à la première.
Vous, dans votre habit feu, vous êtes le soleil
Brillant des mille rais de l'astre du réveil.
Votre oeil est éclatant, et votre teint vermeil
N'est vraiment sur ce monde à nul autre pareil.
Puis se tournant vers la seconde.
Vous, dans votre habit ciel, vous reflétez la lune,
Mêlant l'astre changeant à votre peau de prune.
Votre sein est parfait ; ce corps est une dune.
Une autre comme vous il n'en existe aucune.
Puis aux deux.
Ce que je vois ici c'est la nuit, c'est le jour !
C'est ce dont l'Univers a besoin pour toujours !
En vous voyant ainsi on croirait deux jumelles :
Deux beautés opposées mais semblablement belles.
Les Aventures du Faiseur de vers Masqué, Acte I, scène 3
25 février 2008
Clichés poétiques
L’image est éculée, mais vos yeux sont des astres
Qui font brûler mon cœur. Mon âme est votre esclave,
Et mon corps un volcan tout débordant de lave
Qui voudrait bouillonner jusqu’à vos bleus pilastres
Pour s’élever à vous en brûlant ses entraves.
L’image est un cliché, mais vous êtes la fleur
Qui pousse sur mon cœur. La plus belle des roses
N’est que ronce fanée quand vous êtes éclose.
Plante versicolore aux dix mille couleurs
Votre sourire exquis fait fleurir toute chose.
L’image est un poncif, mais vos lèvres scintillent
Et éclairent mon cœur. Ce sont deux beaux croissants
À la Lune arrachés, chauds et rafraîchissants,
Qui éclipsent mon œil et flattent mes papilles,
Jetant sur moi ses rais de miel éblouissants.
Mais vos yeux de braise,
Votre teint de fleur,
Vos lèvres de lune,
Sont artificiels.
Moi j’aime vos dunes
Et toute l’ampleur
De ce corps falaise
Aux vues démentielles.
Je serai, beauté,
Le maelström profond
Frappant à vos pieds,
Sans fond, sans plafond.
18 février 2008
Vue ventée
Vous volez, voyageurs,
Vents vifs, violents, vicieux,
Vagabonds voltigeurs,
Va-et-vient vaporeux !
Vous valsez, vernissant
Vos versants, vos vallées,
– Verdâtre vacillant,
Vains végétaux voilés –
Vidant vos vomissures
Vers vos vaux violacés,
Vampirant vos verdures,
Vastes vaux verglacés.
… Vos véloces vertiges,
Vacillantes veillées...
… Vos vergers, vos vestiges…
Vibrez, vagues vrillées !
15 février 2008
Anne-Marlène
Elle m'emmène,
Amère lame,
Elle ramène,
M’emmêle l'âme.
Rare réal
Là amarrée.
Erre le mâle
À la marée.
Amène almée,
Emmène ! emmène !
Ma rareté :
Anne-Marlène.