La forge poétique

*cling clang*

12 novembre 2009

La mort de Roland

Le roc se meurt. Au sol, ensanglanté,
Un chevalier. Yeux clos, l’esprit hanté,
Il souffle encore. Il gît, là, dans la boue,
Sur ses amis. La mort blanchit sa joue.
Plus loin, à terre, expire Durandal :
L’Épée, sans lui, n’est plus que du métal,
Et l’ennemi, dépouillant sa victime,
L’a laissée là, elle autrefois sublime.
Seul reste d’elle un gros trou dans le roc,
Deux monts jumeaux engendrés par le choc :
Le chevalier, presque un pied dans la tombe,
Jette l’épée. Elle s’envole et tombe
Loin sur la roche. Adieu ! Cruel destin !
Tout ça pour fuir les mains des Sarrasins !
 
Le héros meurt. Sang et larmes se mêlent
Sur tout son corps ; la vie, la mort ruissèlent.
Il souffle encore, oliphant à la main,
Mais reste muet. L’effort est surhumain :
Par son oreille une lésion mortelle
Fait s’échapper des morceaux de cervelle.
L’effort est vain : le cor d’os et d’airain
A bien joué son tout dernier refrain.
 
Roland se meurt, le regard vers l’Espagne
Et son esprit tourné vers Charlemagne.
Sa joue rosit : qui vient la colorer ?
C’est Veillantif, fidèle destrier,
Qui, des naseaux, vient embrasser son maître.
Il le soignait ; c’est lui qui l’a vu naître.
Mais aujourd’hui, lui, ne peut le guérir ;
Seul, impuissant, il vient le voir mourir.
 

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22 octobre 2009

L'amour est un opium au parfum obstinant

L'amour est un opium au parfum obstinant
Où l'on s'oublie souvent où l'on s'étend sans fin
Qui rend ivre le coeur glissant dans ses confins
Jour après nuit sans jour sans nuit et lancinant

On l'oublie si souvent on y repense enfin
L'amour est un opium au parfum obstinant
Qui nuit et jour s'ennuie s'enjoue et lentement
Dérive dans le coeur laissant le temps sans fin

On ne cesse d'aimer sans penser à son nom
Délaissant ses pensées son coeur et ses démons
L'amour est un opium au parfum obstinant

Où l'on aime essaimer les graines de l'aimée
Si l'on sait où semer les semences aimées
Aimer est un parfum aux effets fascinants

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08 octobre 2009

La main de mon Aimée

L'ange fermier de Dieu
Avec soin a semé
Le sol fébrile encore
De mon coeur amoureux

Songe d'amour radieux
La main qui m'a aimé
Seule fleurit encore
Sur mon coeur amoureux

Quand je ferme les yeux
Dans mon coeur amoureux
Le soleil brille encore
Mais moins que mon Aimée

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02 septembre 2009

Le Mariage

Vous oublierez la pluie qui ronge les falaises,
Qui baigne notre esprit en éteignant ses braises
Et fait pleurer nos cœurs ;

Vous oublierez le vent qui fait trembler notre âme,
Qui balaie nos pensées en soufflant sur leur flamme
Et fait geler nos cœurs ;

Vous oublierez le temps qui creuse ses sillons,
Laboure notre corps, le brise en gravillons
Et fait souffrir nos cœurs ;

Car vous serez heureux malgré le temps et l’âge
Lorsque, dans soixante ans, vous tournerez la tête
Pour songer au passé sans que l’un ne regrette,
L’esprit entier tourné vers ce pur jour de fête,
Où Dieu a lié deux vies, deux amours et deux êtres :

Le mariage.

À Carole et Michaël

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24 juin 2009

Les Aventures du Faiseur de vers Masqué (extrait)

Le rimailleur masqué a évidemment dû fuir la ville et Ena, suite aux sombres prédictions qui gangrènent leur avenir. Mais la Dame de Naldir semble l'avoir suivi dans son exil. L'issue se précise.

LE FAISEUR DE VERS MASQUÉ

J'ai connu aujourd'hui des sentiments étranges :
Par deux fois, devant moi, j'ai vu passer des anges.

Les premiers tournoyaient, là-haut, loin dans le ciel,
Et déformant l'éther jouaient sur l’arc-en-ciel.
C'étaient des chérubins surpris en pleine nage
Qui barbotaient gaiement dans le creux d'un nuage.
Il jouaient et riaient là où la clarté tombe :
Ce dôme de l'éther où nagent les colombes.

Mais le plus beau de tous avait l’habit grenat :
C'était mon doux amour, ma vie, mon sang : Ena !

Horreur ! Malheur sur moi ! Pourquoi me cherchait-elle ?
Ena, pourtant, sait bien quelle étoile cruelle
Plane sur nos deux coeurs et tache notre amour.
J'ai dû, en la voyant, faire un large détour...

Les Aventures du Faiseur de vers Masqué, Acte V, scène 3


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10 mars 2009

Luxure

Sa tendresse impossible en fait rire ; et pour elle
Satan dresse un possible enfer : ire, époux réel.

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08 mars 2009

Pénélope

Jamais sur son métier ne progressaient les toiles
Car sous le ciel lunaire elle allait au séjour
Dans l’ombre elle effilait ce qu’elle ourlait le jour
Devenant pour la nuit la tisseuse d’étoiles


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23 septembre 2008

Les Amours

Et les amoureux s’aiment,
De l’éther naît leur or ;
Et les Amours, eux, sèment
De l’éternelle aurore.


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23 mai 2008

Le petit Chaperon Rouge

Il était une fois… Quand tout est en éveil,
Quand la rosée au jour sur les branches paillette,
Maman confie du beurre ainsi qu’une galette
À sa petite fille au capuchon vermeil.

Mais qui, dans la forêt, renifle ce méteil ?
C’est le Grand Méchant Loup. Il sort de sa cachette.
« Où te rends-tu ainsi ? fait-il à la mouflette.
– Je vais chez mère-grand ; et toi ? – Je fais pareil ! »

Le loup la devança. La porte était fermée.
Mamie était au lit, et la bête affamée.
L’animal se dressa, frappa au portillon :

« Tire la chevillette ! » Et chut la bobinette.
« Viens me voir ma chérie, je pique un roupillon. »
Le loup croqua mémé. Puis ce fut la fillette.

D'après Petits Chaperons dans le rouge

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22 mai 2008

Désert

L’une en cachant une autre était un iceberg ;
Un gros morceau de feu arraché au soleil
Émergeant et flottant sur le sable vermeil :
Nous marchions à pas lent sur les dunes de l’erg.

Fatigués par l’effort sur ces monts ondulants,
À terre, un court instant nous paraissait une heure.
Pourtant, à chaque instant, nous savions toujours l’heure,
Le sable s’égrenant dans nos orteils brûlants.

Sur ce sol à jamais déserté par l’orage,
Tous, nous restions muets, avançant en silence.
Une lèvre, parfois, bougeait pour crier « Chance ! »
Mais nul son n’en sortait, car c’était un mirage.

Mais nous étions heureux. Car malgré ces travers
Répond le ciel sans borne au Sahara sans fin ;
Lorsque, la nuit tombée, nous devenions enfin
L’Homme seul sur la Terre admirant l’Univers :

Regardant l’infini dispersé sur sa toile
Nous restions allongés sous la voûte céleste,
Les astres lumineux faisant des palimpsestes
Le temps qu’arrive à nous la lueur des étoiles.

D'après Sensorielle, « Désert »

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